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Historique


La Cantine des Italiens est l’un des derniers témoins de l’époque de l’immigration massive des Italiens en Belgique au lendemain de la seconde guerre mondiale.

En 1946, la Belgique manquait de main-d’œuvre pour ses charbonnages, ses industries métallurgiques, ses carrières… et l’Italie, de charbon.
Des accords officiels furent donc conclus, le 20 juin 1946, entre le gouvernement et les entreprises belges d’une part, et les autorités italiennes,d’autre part.

L’Italie recruta donc, surtout dans les campagnes où régnait la misère. Les affiches, principalement à l’en-tête de la Fédération charbonnière de Belgique, vantaient les intéressantes conditions de salaires, d’allocations familiales, de pension et de congés offertes en Belgique.

En échange, la Belgique fournissait le charbon nécessaire au redressement de l’économie italienne.

Après une rapide sélection à Milan, les candidats signaient leur contrat et étaient acheminés vers les bassins industriels belges.

De 1946 à 1957, on estime que, pour les seuls charbonnages, 303 convois organisés arrivèrent en Belgique,avec 140.105 travailleurs, 17.403 femmes et 28.961 enfants.

En 1970, on atteignait le chiffre record de 300.000 ressortissants.Autre conséquence de la guerre, il y avait à ce moment la crise du logement en Belgique.

Or, les accords belgo italiens prévoyaient que les industries belges devaient offrir aux nouveaux travailleurs un logement convenable, pourvu du mobilier nécessaire.

Beaucoup seront en fait hébergés dans d’anciens camps de prisonniers, ou dans les cantines hâtivement construites, principalement aux alentours des charbonnages: des baraquements «tubes» en tôle ondulée, en bois ou en carton bitumé, qui ont pratiquement tous disparus.

En guise de lits, ces baraquements étaient équipés de simples cadres de bois superposés garnis de matelas de paille et sans draps.

Certaines chambres abritaient des familles entières…La Cantine des Italiens de Houdeng-Goegnies fut construite par les usines Gustave Boël en 1946-47 pour ses propres travailleurs, célibataires uniquement.

Chacun des 4 blocs situés parallèlement au Canal comportait 8 chambres de 6 à 8 lits. Le bâtiment central,perpendiculaire au Canal, a servi de réfectoire dès l’origine. Les bâtiments, sont construits en dur. Les murs sont constitués de modules doubles d’1m2 séparés par un vide aéré.

La paroi intérieure était composée d’un mélange de béton et de sciure de bois.

Comparée aux autres bâtiments de ce type, on peut dire que la Cantine était relativement confortable!

C’est en Italie que le futur ouvrier signait son contrat avec les Usines Gustave Boël. Les frais de voyage lui étaient payés sous forme de supplément de salaire pendant les 3 premiers mois et la firme garantissait une occupation régulière pour une période d’au moins un an, dans les mêmes conditions que les ouvriersbelges.

Le travail normal, comportait 6 jours de 8 heures par semaine, le jour ou la nuit selon les horaires d’équipes. en 1946, les taux de salaires horaires minima pour un manœuvre étaient de 8,10 à 15,50frs selon le poste.

La dépense pour le logement était de 50frs par mois, et il en coûtait, pour prendre ses repas (boudin chaud et purée en général) 150frs par semaine.

Il était difficile d’envoyer de l’argent à la famille restée en Italie.

L’immigration massive et organisée des Italiens vers la Belgique fut interrompue en 1956, après la catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle ( 8 août 1956): 136 parmi les 262 victimes étaient des Italiens.

Les conditions d’hygiène et de sécurité imposées à partir de ce moment par l’Italie sont telles que les charbonnages préféreront embaucher d’autres étrangers: espagnols, grecs, turcs, marocains…

Si certains Italiens sont alors rentrés dans leur pays d’origine, beaucoup sont restés en Belgique. Les anciens mineurs se sont recyclés dans d’autres secteurs: sidérurgie, construction, mécanique.

Certains de leurs enfants ou petits-enfants sont à présent bien connus: ils s’appellent Salvatore Adamo, Enzo Scifo, Claude Barzotti, Elio Di Rupo… Il y eut même à la Cantine des Italiens un jeune Mario dont le cousin sera plus connu sous le nom de … Jean XXIII… !

L’ensemble des bâtiments tombait en ruine quand la Compagnie du Canal du Centre en entreprit la rénovation pour en faire un musée de l’immigration italienne.

Une chambre a été reconstituée et plusieurs autres chambres renferment une évocation des industries riveraines du Canal, dans lesquelles ont travaillé ces immigrés italiens et qui, sont nées ou se sont développées grâce au canal.

Les bâtiments de la Cantine abritent aujourd’hui un centre d’accueil et de restauration.